À ma bien-aimée | إلى حبيبتي

يُقطّعني الغيابُ كلَّ يومٍ بسكينٍ باردٍ

 يذبحني شيئًا فشيئًا

 نصلهُ في عنقي ومِقبَضُهُ حولَ مِعصَمِ الوقت

 لمْ أكنْ أعلمُ أنّي حينَ كتبتُ قوليَ

 « الوقتُ ديكتاتوريَ المفضلُ » 

 بأنّه سيُعجِبُهُ

 وأنّه سيتلذذُ في ذبحيَ

الآن أنا أقصى جنوبِ الواديْ

 فرصةُ الموتِ بصاروخٍ باتتْ أقلَّ

 على خلافِ الموتِ من القلقِ

 الذي يزدادُ في كلِّ لحظةٍ

 أذكرُ أنِّي قَطعتُ الواديَّ أولَ مرةٍ لأكونَ داخلَ حضنكِ 

كي يطمئنَّ قَلبانَا

 وَلِتُمسدّي عن كتفيّ بقايا البيتِ

حبيبتي المتعبةُ من كلِّ الرمادِ

 أنا هنا في مدينةٍ لا تشبهُ مدينتنا

لا شاطئُ بحرٍ هنا

 كي أَخطِفَ نظراتكِ حولَ نورسيَّتي

 ولا شجرةُ زيتونٍ

 كي نتسامر تحتَ ظلِّها

 كلَّ خميسٍ في المقهى

الغيابُ باتَ مشهدًا عابرًا

 يسرقني كلَّ يومٍ

 كلُ المشاهِدِ باتتْ عاديةً

 حين جُبِرتُ على غيابِ صباحكِ من وجهي

 أنا هنا يا حبيبتي

 يُصيبني الخوفُ في كلِّ مرةٍ

 أذكرُ أنّي بعيدٌ عن زرقةِ بحريَ الملتفَ حولَ خاصرتكِ 

كيفَ أكون من سربِ النوارسِ

 وبحريَ باتَ قيدٌ 

مفاتحه فقط حين أرى عينيكِ؟

حبيبتي

 رسائلي كلُّها منكِ وإليكِ

 عن حمرةِ السماءِ الملتهبةِ بقنابلِ الإنارةِ

 عن طائرةِ مساعداتٍ 

وعن صاروخٍ دمّرَ حياتنا

 أحفرُ أني نورسٌ 

بحبرٍ بنَّيٍ

 قريبٍ من لونِ عينيكِ

 وأسرقُ جدائلكِ وأحضنها كلَّ ليلةٍ

 كي أنام

 ويبقى السؤالُ في مخيلتي دائمًا

 متى وأينَ سيلتقي النورسُ بحبيبه الغرابِ؟

وحينَ نلتقي

كيفَ سيكونُ اللقاءُ؟

L’absence me découpe chaque jour
avec un couteau froid.
Elle m’égorge peu à peu,
la lame contre ma gorge,
le manche au poignet du temps.

Je ne savais pas, lorsque j’ai écrit :
« Le temps est mon dictateur préféré »,
que cela lui plairait tant,
qu’il prendrait goût
à m’égorger.

À présent, je suis tout au sud de la vallée.
Le risque de mourir sous un missile
s’est fait plus rare,
contrairement à celui de mourir d’inquiétude,
qui grandit à chaque instant.

Je me souviens de la première fois
où j’ai traversé la vallée
pour me réfugier dans tes bras,
pour que nos deux cœurs s’apaisent,
et que tu balaies de mes épaules
les restes de la maison.

Ma bien-aimée,
toi que toutes ces cendres ont épuisée…

Je suis ici,
dans une ville qui ne ressemble en rien à la nôtre.

Il n’y a pas de rivage ici
où surprendre ton regard
posé sur ma nature de goéland,
pas d’olivier non plus
sous lequel refaire le monde,
chaque jeudi, au café.

L’absence est devenue une scène ordinaire.
Chaque jour, elle m’emporte un peu plus.
Toutes les scènes sont devenues ordinaires
depuis qu’on m’a forcé
à vivre sans ton matin sur mon visage.

Je suis ici, mon amour,
et la peur me saisit chaque fois
que je me rappelle combien je suis loin
du bleu de ma mer
enroulé autour de ta taille.

Comment pourrais-je encore appartenir
au vol des goélands
si ma mer est devenue une prison
dont les clés n’existent
que lorsque je vois tes yeux ?

Mon amour,

toutes mes lettres viennent de toi
et retournent à toi.

Elles parlent du rouge du ciel
embrasé par les fusées éclairantes,
d’un avion chargé d’aide,
d’un missile
qui a détruit nos vies.

J’y grave que je suis un goéland
avec une encre brune,
presque de la couleur de tes yeux.

Chaque nuit,
je vole tes tresses,
je les serre contre moi
pour pouvoir dormir.

Et toujours,
la même question demeure
quelque part dans mon esprit :

quand,
et où,
le goéland retrouvera-t-il
son corbeau bien-aimé ?

Et lorsque nous nous retrouverons,

à quoi ressembleront
nos retrouvailles ?